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Directeur de publication : Mohamed Khartouf
Sport

Soufiane El Bakkali : L’ultime quête d’une légende vivante de l’athlétisme

Il y a des athlètes qui marquent leur discipline, et puis il y a ceux qui en redessinent totalement l’histoire. Né le 7 janvier 1996 dans la ville impériale de Fès, Soufiane El Bakkali appartient indéniablement à cette seconde catégorie. Maître absolu du 3 000 mètres steeple moderne, le Marocain a non seulement tout gagné, mais il s’est offert le luxe de briser des décennies de domination est-africaine. Aujourd’hui, alors que son palmarès déborde de métal précieux, il ne lui manque plus qu’un seul joyau pour clore le débat sur le plus grand coureur de steeple de tous les temps : le record du monde.

La fin d’une hégémonie historique

Pendant très longtemps, le 3 000 mètres steeple a été la chasse gardée exclusive des Kényans. Pour comprendre l’exploit d’El Bakkali, il faut remonter au 2 août 2021. Dans la touffeur du stade olympique de Tokyo, le Marocain a fait basculer l’histoire de l’athlétisme. Doté d’une foulée ample et d’une intelligence tactique rare, il a attendu son heure avec une patience de prédateur. À 200 mètres de la ligne d’arrivée, il place une accélération fulgurante et dévastatrice qui laisse sur place l’Éthiopien Lamecha Girma et le Kényan Benjamin Kigen.

En franchissant la ligne en 8’08’’90, il ne se contente pas de remporter l’or. Il devient surtout le premier athlète non-kényan à triompher sur la distance aux Jeux Olympiques depuis le Polonais Bronisław Malinowski, sacré à Moscou quarante ans plus tôt, en 1980.

Dans la cour des très grands

Loin de se reposer sur ses lauriers tokyoïtes, El Bakkali a ensuite assis son règne sans partage sur la planète athlétisme. Déjà vice-champion du monde à Londres en 2017 et médaillé de bronze à Doha en 2019, le natif de Fès a trouvé sa vitesse de croisière. Il est couronné champion du monde coup sur coup, d’abord à Eugene en 2022, puis à Budapest en 2023, s’affirmant comme un redoutable tacticien capable de s’adapter à tous les types de courses.

Mais l’apothéose de sa carrière a sans doute eu lieu lors des Jeux de Paris 2024. Dans un stade de France bouillonnant, il a de nouveau imposé sa loi, défendant avec succès son titre olympique. Cet exploit retentissant l’a propulsé dans une dimension inédite au Maroc : il est devenu le tout premier athlète du Royaume à conserver sa médaille d’or sur deux olympiades consécutives, et seulement le deuxième sportif marocain à afficher deux médailles d’or olympiques à son palmarès, rejoignant ainsi la légende Hicham El Guerrouj.

Le chronomètre, l’ultime adversaire

Que reste-t-il à accomplir pour un homme qui a littéralement épuisé la liste des médailles d’or disponibles sur la scène internationale ? La réponse tient en quelques chiffres : 7’52’’11.

Il s’agit du record du monde stratosphérique établi le 9 juin 2023 par son éternel grand rival, l’Éthiopien Lamecha Girma, lors du Meeting de Paris. Ce soir-là, Girma a effacé des tablettes la mythique marque détenue depuis 2004 par Saif Saaeed Shaheen (le Qatarien d’origine kényane né Stephen Cherono), en abaissant le chrono de plus d’une seconde et demie.

Si Soufiane El Bakkali a prouvé à maintes reprises qu’il était imbattable dans la guerre psychologique et tactique des grands championnats, le record absolu du temps de course appartient encore à son adversaire. Désormais, c’est le grand objectif avoué du champion marocain. Décrocher ce record du monde n’est plus seulement une question de chronomètre ; c’est le dernier chapitre à écrire pour sceller son héritage et s’imposer, définitivement, comme le roi incontesté de l’histoire du 3 000 m steeple.

AZ-EDDINE AALLABOUCH

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