
Dossier du Sahara… Un tournant diplomatique décisif entre Rabat, Washington et Alger
♦Mohamed OUBAADI
Le différend autour du Sahara marocain traverse aujourd’hui une étape charnière : il pourrait se rapprocher d’un règlement définitif de ce dossier vieux de plusieurs décennies, ou bien replonger dans un gel encore plus profond.
Tous les signaux en provenance de la région indiquent que la récente tournée de Paul Massad, gendre de président américain Donald Trump et conseiller chargé des affaires africaines, a ouvert la voie à de profondes interrogations, Massad s’est rendu en Tunisie, en Libye et en Algérie, où il a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune. Il devait initialement clore sa visite à Rabat, mais, de manière inattendue, il s’est envolé directement pour Washington, alors même que le programme officiel de sa tournée prévoyait le Maroc comme dernière étape.
Cette absence incomprise a déclenché un flot d’interprétations. La plus marquante est que Rabat aurait mal réagi à ses propos tenus en Algérie, lorsqu’il a déclaré que la proclamation de Trump en 2020 — reconnaissant la marocanité du Sahara — n’avait pas clos définitivement le dossier, mais laissait la porte ouverte à un dialogue satisfaisant pour toutes les parties, y compris les réfugiés sahraouis en Algérie.
Selon certaines fuites médiatiques, la diplomatie marocaine n’a pas apprécié ce discours, qu’elle a perçu comme un retour en arrière et une méconnaissance des positions américaines récentes réaffirmant la souveraineté du Maroc sur son Sahara. La réponse de Rabat a été concrète : refuser de l’accueillir. En parallèle, un message du président Trump adressé au roi Mohammed VI à l’occasion du 26ᵉ anniversaire de son accession au trône est venu rassurer et réaffirmer que la position américaine n’a pas changé : le Sahara est marocain, et l’autonomie constitue la seule solution possible, dans le cadre d’un règlement réaliste et pragmatique garantissant la stabilité et les intérêts partagés en Afrique du Nord.
Toutefois, l’approche américaine, bien que claire, cherche en même temps à éviter de placer l’Algérie dans la posture du « vaincu », afin de préserver sa dignité,Cela explique la subtilité du discours royal lors de la Fête du Trône : « Ni vainqueur ni vaincu… une solution qui sauve la face de toutes les parties.
Mais tandis que le souverain tendait la main avec intelligence diplomatique, Alger a refusé d’esquisser le moindre geste de courtoisie protocolaire, Fait inhabituel, le président Tebboune n’a pas adressé cette année de message de félicitations au roi : une absence qui, à elle seule, souligne la persistance des tensions et l’incapacité de l’Algérie à s’adapter aux transformations en cours dans la région et dans le monde.
C’est une conjoncture délicate, où les fils de la diplomatie se tissent entre Rabat, Washington et Alger. Reste la question cruciale : sommes-nous à l’aube de la fin d’un conflit vieux d’un demi-siècle, ou bien à l’orée d’un gel encore plus profond et plus glacial ?




