** DR. ES-SAID OUKHOUYY Le cours de philosophie constitue le socle fondamental de la conscience critique et le moteur essentiel de la formation d’un individu capable d’interroger le réel pour mieux anticiper l’avenir, Pourtant, l’enseignement de cette discipline au sein des universités marocaines traverse aujourd’hui une crise structurelle profonde, soulevant des interrogations majeures sur sa place réelle au sein du système académique
Ce déclin se manifeste d’abord par la prédominance d’une approche pédagogique purement transmissive, où la philosophie se retrouve prisonnière du mémoriel et de l’apprentissage par cœur, au détriment de l’étonnement intellectuel et de la profondeur de l’analyse qui en constituent l’essence même
Cette fragilité est accentuée par une recherche scientifique dont l’influence s’amenuise, oscillant souvent entre description superficielle et redondance, loin des enjeux contemporains majeurs, si les penseurs de l’âge d’or arabe, à l’instar d’Al-Farabi ou d’Averroès, ont su questionner leur présent pour proposer des ruptures historiques, et si les Lumières ont fondé les révolutions de la modernité, le paysage actuel semble marqué par une absence de rigueur méthodologique
De nombreux chercheurs, faute d’outils d’analyse et de déconstruction, peinent à s’inscrire dans une pensée complexe, ce qui fragilise la qualité de la production écrite, de plus, le cloisonnement du cours de philosophie isolé des sciences humaines et naturelles occulte le fait que les disciplines dites « dures », telles que la médecine ou la physique, ne trouvent leur pleine cohérence qu’à travers une armature philosophique solide
Les racines de ce mal-être sont indissociables d’un système éducatif en quête de vision stratégique et d’une image sociale dévalorisante qui réduit la philosophie à une spéculation stérile, sans débouchés concrets sur le marché de l’emploi
Pour remédier à cette situation, une refonte paradigmatique s’impose : il s’agit de transformer les programmes pour qu’ils reposent sur le dialogue et la problématisation, tout en encourageant une recherche ancrée dans les défis de l’éthique, de la technologie et de l’environnement
Il est également impératif de moderniser la formation pédagogique des enseignants et des étudiants, en valorisant l’originalité de la pensée face à la tentation du plagiat numérique ou de la dépendance excessive à l’intelligence artificielle
En définitive, l’impasse de la philosophie à l’université n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix institutionnels révisables, elle peut redevenir le levier d’une réforme éducative globale et d’un projet de société démocratique et moderne, à condition qu’émerge une volonté politique résolue de replacer la raison critique au cœur de la cité