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Directeur de publication : Mohamed Khartouf
Hôtelerie

Cinq hôtels où séjourner au Maroc

De Tanger à Marrakech en passant par Fès, Larache ou Tizkmoudine, dans le Sud, cinq hôtels pour goûter le royaume chérifien, entre nouveautés et icônes.

orsqu’il pénètre pour la première fois, en 1997, dans cette maison moderniste des années 1940, Yves Saint Laurent est séduit par les jardins et la vue sur la mer, qui lui rappellent ses souvenirs d’enfance en Algérie, le parfum des bougainvillées, du jasmin, et les couleurs méditerranéennes un peu fanées par le temps. Pour sa rénovation, le couturier donne alors comme thème de travail au décorateur Jacques Grange « la demeure d’un Anglais excentrique ». Cette prophétie s’est réalisée en 2019, quand le créateur de mode Jasper Conran, déjà propriétaire d’un établissement à Marrakech, s’est entiché de la villa et l’a acquise auprès de la Fondation Majorelle. L’idée était de la transformer et de l’ouvrir au public tout en préservant son âme patrimoniale. Inauguré il y a quelques mois, l’hôtel respecte une ultime volonté d’Yves Saint Laurent : donner une couleur différente à chaque pièce. Le mobilier des douze chambres de l’hôtel s’habille ainsi de teintes chatoyantes, la suite Marrakech évoque le vert de nerprun tandis que la Meknès est jaune doré. Quant au parc, désormais piqué de plusieurs milliers d’arbres et de plantes, il a retrouvé sa splendeur originelle grâce au paysagiste Madison Cox. Loin de l’univers hôtelier classique et dans l’esprit d’une grande demeure de vacances, la magie de la villa opère à nouveau, et le tea time proposé dans le pavillon Mynott au décor floral, face aux jardins embaumés, mérite à lui seul le voyage. J.-M. A.

On s’épuiserait à dresser la liste de ceux qui ont franchi son seuil : à 100 ans, La Mamounia a vu défiler tout ce que la planète compte de puissants, d’artistes et d’esthètes, de Churchill – qui la peignit – aux étoiles du septième art qui en ont fait leur adresse de prédilection dans la ville rouge. Tous ont été séduits. Tous sont revenus comme aimantés par la lumière de ces 13 hectares plantés d’oliviers, d’orangers et de cactées, miracle d’ingéniosité hydraulique et de jardin parfumé, créé au XVIIIe siècle par le jeune prince Al-Mamoun. Depuis, rien ne vient troubler la paix du parc, enserré dans les murailles de la ville. Sans doute, en 1923, le premier hôtel, dont les plans et les élévations sont toujours exposés, a permis aux voyageurs de venir goûter cette incroyable quiétude, entre zelliges et confort moderne. Sans doute, depuis, celui-ci a été agrandi et rénové – les designers Patrick Jouin et Sanjit Manku viennent de réaménager les espaces publics, osant le rappel de détails Art déco, repensant la galerie ornée d’une fresque de Majorelle, les bars et les restaurants placés sous la direction de Jean-Georges Vongerichten, déployant dès l’entrée une manière d’immense collier d’inspiration berbère autour duquel s’ordonnent les perspectives menant du spa aux salons, de la ville au parc. Dans cette évolution se lit la vivacité d’un lieu rimant depuis toujours avec Marrakech. Malgré les aléas et les catastrophes naturelles – qui ont épargné ses bâtiments –, la ville n’a jamais été aussi vibrante – Louis Vuitton vient de lui consacrer son dernier City Guide… G. D.

Il y a ceux qui parlent et ceux qui font. Thierry Teyssier est de ces derniers. Dans les années 2000, alors que l’hôtellerie ronronne dans sa standardisation, il conçoit au sein de ses propriétés au Maroc et au Portugal des expériences immersives chaque jour renouvelées. Et, lorsque la concurrence lui emboîte le pas, il a déjà un train d’avance et emmène ses « membres » de pays en pays via son hôtel itinérant, posant ses malles un jour dans une maison traditionnelle, un autre dans un site préservé, en contact direct avec les communautés locales. Cette fois-ci, il va plus loin encore avec un nouveau modèle d’hospitalité dite « régénérative » : 700 000 heures Impact. « Ici, il ne s’agit plus seulement de limiter les effets négatifs du tourisme mais de recréer du vivant, de redonner aux populations et à la planète davantage que ce qui a été consommé », explique-t-il d’une même voix avec sa partenaire Diane Binder, fondatrice de l’organisation Regenopolis, qui accompagne depuis deux ans en Afrique les projets d’initiatives locales entre protection de la biodiversité et régénération des territoires. Première illustration de cet engagement : le village de Tizkmoudine, dans les grandes oasis du Sud marocain, que 700 000 Heures s’emploie à ressusciter main dans la main avec les habitants. « Nous les aidons à développer différentes activités de sorte qu’ils deviennent autonomes. » Parmi elles : un hébergement tout confort de 5 chambres créé in situ et limité à 50 clients par an ; une coopérative de tissage dont les créations décorent en partie l’hôtel ; des formations aux services de l’accueil mais aussi à la restauration du patrimoine ; des projets d’optimisation des cultures dans la palmeraie… Autant d’actions qui interagissent ensemble mais aussi avec l’extérieur –et qui ne dépendent plus uniquement du tourisme. M. T.

C’est sur les hauteurs aristocratiques de la plus grande médina du monde que se camoufle le Jardin des Biehn. Quand tant de lieux se font passer pour des riads, en voici un qui fut dès l’origine conçu comme un lieu d’exception : quand la famille Biehn le découvre, en 2010, l’ancienne annexe de l’immense palais El-Mokri est en ruine. Logique, cette résidence de plaisance, bâtie en 1906 par le fils du grand vizir El-Mokri pour goûter un peu d’intimité et s’ordonnant autour d’un vaste jardin, a été abandonnée dès la fin des années 1940… En l’imaginant de nouveau, Michel Biehn laisse libre cours à sa passion d’antiquaire et de collectionneur de textiles : avec son épouse Catherine, il va imaginer chacune des six chambres et des huit suites comme autant d’invitations au voyage, des soies de Chine aux brocarts d’Asie centrale en passant par les broderies au point de Fès. Du souvenir rêvé de Léon l’Africain au songe d’une circassienne en passant par un clin d’œil au Turc amoureux, au Sultan ou aux Lettres persanes, il distille un parfum romanesque rare car paradoxalement authentique, chaque décor inventant l’esprit des lieux, entre zelliges, gazouillis des fontaines et balcon sur la ville. Loin de tout bling-bling, de toute vaine tentative de reconstitution, un projet d’esthète et la passion d’une vie. G. D.

La région côtière de la petite ville de Larache, dans le nord-ouest du royaume, a longtemps été oubliée des voyageurs. Si sa médina mériterait une restauration d’ampleur, ses plages au nord, vastes étendues de sable face à l’océan, sont exceptionnelles. Les lieux ont d’ailleurs séduit Yasmina Fiermonte et Fouad-Giacomo Filali, collectionneurs d’art et propriétaires d’un petit groupe hôtelier, La Fiermontina, créé il y a quelques années dans les Pouilles, en Italie. Pour leur établissement au Maroc, ils ont souhaité célébrer la nature : l’hôtel, baigné de lumière, donne sur le parc régional des Dunes de Khemis, où toute activité motorisée est interdite, quads et scooters des mers en tête. Signée du studio Laboratoire Design, basé à Rabat, la décoration mêle le meilleur de l’artisanat marocain dans les chambres à un esprit plus contemporain dans les parties communes. De nombreuses expériences sont proposées pour découvrir les villages environnants, impliqués à divers degrés dans l’exploitation de l’hôtel, dont un petit déjeuner typique chez l’habitant. J.-M. A.

source: lepoint.fr

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