
L’Éternel Dilemme de l’Amour chez Nizar Qabbani : Plaidoyer pour la Souffrance Inévitable
Mustapha Al-Abyad
Les vers intemporels du poète syrien Nizar Qabbani distillent avec une éloquence rare les sentiments les plus crus et les plus profonds de l’amour, exposant superbement les contradictions de l’âme face à une passion jugée impossible ou périlleuse. Qabbani exprime cette angoisse existentielle par ces mots :
« J’ai peur de t’aimer passionnément, de te perdre,
et de souffrir l’indicible ;
Et j’ai peur aussi de ne pas t’aimer,
de manquer l’opportunité de l’amour,
et de le regretter. Dis-moi, comment t’aimer sans douleur,
Et comment ne pas t’aimer sans remords. »
Dans ces strophes, la douleur de l’amour se manifeste dans toute sa complexité psychologique،Le poète dépeint un état d’âme exceptionnel, tiraillé entre la peur, le désir et l’appréhension. Qabbani craint l’intensité de l’amour, car une telle profondeur le mènerait inéluctablement à la perte de l’être aimé, et par conséquent à une douleur insoutenable.
Simultanément, il redoute de se retenir, car l’abstention signifierait le gâchis d’une chance unique et la certitude d’un remords lancinant. Cette tension constante entre la peur d’aimer et la peur du vide révèle une véritable impasse émotionnelle : il n’y a ni issue simple, ni choix confortable. Chaque voie a son lourd tribut.
L’amour, aux yeux du poète, n’est pas une simple émotion passagère, mais un état existentiel régi par les lois inéluctables de la souffrance et du regret. La répétition insistante du mot « J’ai peur » souligne le poids de ces angoisses, tandis que la simplicité et la sincérité du langage confèrent aux mots une résonance puissante dans l’esprit du lecteur.
La question philosophique qui clôt les vers – « Comment t’aimer sans douleur et comment ne pas t’aimer sans remords » – n’appelle pas de réponse factuelle. Elle exprime plutôt la détresse d’un cœur déchiré par des émotions paradoxales. Cette interrogation profonde nous invite à une réflexion sur la nature même de l’amour : est-il joie ou tourment, fusion ou séparation,
vie ou lente agonie Les vers de Qabbani agissent comme un miroir pour l’âme en déséquilibre, consumée entre le feu du désir et celui de la crainte. En définitive, Qabbani nous rappelle que l’amour véritable est une souffrance silencieuse qu’il est impossible d’éviter, mais qu’il faut accepter et vivre, car elle constitue une part essentielle de l’expérience humaine, empreinte d’une authenticité profonde et d’une charge émotionnelle universelle.




