DECOUVREZ MAROC
La tragédie de l’effondrement des immeubles à Fès a ravivé le débat sur la sécurité urbaine et le droit fondamental à un logement décent dans les quartiers à forte densité,Au-delà de l’émotion suscitée, cet événement met en lumière les limites des politiques publiques censées garantir la protection des citoyens face aux risques structurels
Le Conseil national des droits de l’Homme a rappelé, dans un communiqué, la nécessité urgente de renforcer l’accès des citoyennes et citoyens à un habitat digne, conformément aux engagements constitutionnels et internationaux du Maroc, Le Conseil a mis en garde contre la répétition des effondrements, qui constitue une atteinte directe au droit au logement tel que défini par les normes internationales, appelant à une stratégie nationale anticipative fondée sur la prévention, la surveillance et la transparence
Le Conseil a également insisté sur la publication des résultats de l’enquête judiciaire en cours et sur l’établissement des responsabilités, en application du principe de corrélation entre responsabilité et reddition des comptes. Il a souligné l’importance de renforcer la coordination institutionnelle entre les secteurs concernés, l’administration territoriale et les conseils élus afin de placer la sécurité des habitants au cœur des politiques publiques
Pour Idriss Ssedraoui, président de la Ligue marocaine de la citoyenneté et des droits de l’Homme, la tragédie de Fès est « la conséquence directe d’un modèle de gestion dépassé », qui repose encore sur une approche verticale, loin de la participation effective des citoyens. Il estime qu’il devient indispensable d’impliquer les habitants et les acteurs associatifs dans le diagnostic, la planification et le suivi des opérations d’aménagement, afin d’éviter “la reproduction mécanique des mêmes erreurs”
Selon lui, les familles encore contraintes de vivre dans des logements insalubres ou exigus, malgré les slogans de “villes sans bidonvilles”, sont exposées quotidiennement à des risques latents d’effondrement, comme ceux observés à Fès, Abdelilah El Khoudri, président du Centre marocain des droits de l’Homme, partage le même constat. Pour lui, la catastrophe révèle les défaillances du programme « Villes sans bidonvilles », qui, malgré ses avancées, souffre de faiblesses structurelles : manque de contrôle sur l’auto-construction, dépassements non autorisés des normes techniques, lenteur dans le traitement des alertes, ainsi que cas de corruption entravant le respect des règles urbanistiques
Il affirme que la véritable participation citoyenne doit dépasser les discours formels pour devenir un mécanisme institutionnel obligatoire : écoute des associations de terrain, implication des résidents dans le suivi et l’entretien des constructions, mécanismes de plainte transparents et protection des lanceurs d’alerte, La tragédie de Fès souligne ainsi la nécessité d’une refonte profonde de la politique du logement, qui ne se limite plus à éradiquer les bidonvilles, mais garantit des constructions sûres, durables et contrôlées
Le logement décent n’est pas un simple programme administratif, rappelle El Khoudri, mais un engagement constitutionnel et international qui nécessite une culture de gouvernance responsable et ouverte. Reste à savoir si ce drame constituera un tournant vers une réforme réelle, ou s’il rejoindra la longue liste des incidents oubliés
Dans tous les cas، la reconstruction de la confiance passe par un modèle urbain qui met réellement le citoyen au centre،