C’est officiel depuis jeudi : Mohamed Ouahbi est le nouveau patron technique des Lions de l’Atlas. À 49 ans, ce technicien discret, formé à la dure école belge, hérite d’un groupe installé dans le top 10 mondial. La fédération, via Fouzi Lekjaa, parle d’une « transition réfléchie » dans le cadre du projet « Maroc 2030 ». Exit le tumulte médiatique, place à un homme de l’ombre, fraîchement auréolé d’un titre de champion du monde U20, pour succéder à Walid Regragui.
Derrière cette nomination, il y a une histoire et une méthode. Ouahbi, ce n’est pas seulement le sacre chilien de 2025. C’est d’abord un Bruxellois de Schaerbeek, né en 1976, dont le regard sur le jeu a été façonné autant par le ballon que par l’enseignement. Avant de devenir entraîneur, il était instituteur. Cette double casquette, il l’a emmenée avec lui pendant dix-sept ans au centre de formation d’Anderlecht. Là-bas, il ne se contentait pas de faire courir les gamins ; il leur apprenait à réfléchir. Tielemans, Januzaj, Dendoncker : tous sont passés entre ses mains, apprenant cette philosophie où le joueur doit penser par lui-même sur le terrain.
Son arrivée en équipe première marque un virage. Contrairement à ce que certains pourraient penser, Ouahbi connaît la pression des grands rendez-vous. Avec les U20, il a traversé l’échec (une non-qualification pour la CAN) avant de reconstruire patiemment un collectif. Sa Coupe du monde au Chili, gagnée face aux géants brésiliens et espagnols, n’a pas été un coup de chance, mais l’aboutissement d’un travail de fond sur la maturité tactique et la résilience. C’est ce savoir-faire, cette capacité à souder un groupe dans l’adversité, que la FRMF veut aujourd’hui transposer chez les A.
Le défi est immense. Il ne s’agit pas seulement de préparer la Coupe du monde 2026, mais de gérer la transition entre une génération dorée et la suivante, qu’il connaît par cœur. Son premier test aura des airs de symbole : le 13 juin, au New Jersey, ce sera face au Brésil. Lui qui a grandi en regardant les Lions de 1986, qui a forgé des champions en silence, doit désormais écrire, sous les projecteurs, le prochain chapitre de l’épopée marocaine.
AZ-EDDINE AALLABOUCH