** MARRAKECH / YOUSSEF BOUHAJLA Sous le ciel d’azur de Marrakech, là où le murmure de l’histoire se confond avec l’ombre des palmiers, la Faculté de Langue Arabe a vibré, ce mardi 14 avril 2026, au rythme d’une rencontre dont l’écho dépasse les frontières du verbe Sous le thème évocateur : « La Poésie comme levier d’ouverture et de communication civilisationnelle », ce colloque international n’a pas seulement été une joute académique ; il fut un véritable voyage initiatique au cœur de l’altérité, rendant un hommage vibrant à l’une des figures de proue de la littérature marocaine contemporaine, le poète Yassin Adnan
À travers cette messe littéraire, organisée par le Forum « Ra’a » pour la Culture et la Création en partenariat avec l’Université Cadi Ayyad, la poésie a retrouvé sa fonction originelle : celle d’une « caravane » de l’esprit, traversant les déserts de l’indifférence pour abreuver l’autre de la rosée des mots
Le texte poétique marocain, dans sa finesse et son authenticité, s’est révélé ici comme un fleuve universel, naviguant avec élégance entre les méandres de « l’arabisme espagnol » et les résonances cosmopolites d’un Mahmoud Darwich ou d’un Yannis Ritsos
Dans l’enceinte de l’amphithéâtre Cherkaoui Iqbal, le nom de Yassin Adnan a brillé comme un astre de fidélité littéraire. Ce n’était pas un simple hommage protocolaire, mais une « épiphanie » d’un parcours créatif qui a su ancrer le Maroc dans le débat civilisationnel mondial. À l’image de ses vers, Adnan marie la solidité du roc à la douceur de la brise
Pour lui, la poésie n’est jamais le « cadavre de Sisyphe », mais une éternelle résurrection de l’espoir ; ses mots ne cherchent pas « l’éveil de l’ombre » sans invoquer, par un sillage de lumière, la présence de l’humain
Sous l’égide des professeurs Ahmed Qadem et Saïd El Ouadi, les chercheurs ont disséqué avec une précision chirurgicale les esthétiques de la « poésie en prose » et les métamorphoses de l’amour entre Orient et Occident. Ils ont démontré que la poésie marocaine, même dans ses ruptures les plus modernes, porte en elle les effluves des Mouachahates andalouses et la noblesse du patrimoine arabe, s’élevant par une rhétorique ciselée vers des sommets d’universalité
Ce rendez-vous international restera gravé comme une « charte poétique éternelle », affirmant que le poème , ce vieux Diwan des Arabes demeure le rempart ultime contre la laideur du monde et le garant de la sécurité spirituelle des peuples. Dans cette symphonie écrite entre Rabat, Fès, Tétouan et Safi, et traduite par les regards croisés de l’Espagne, Marrakech a prouvé une fois de plus qu’elle demeure le berceau des rencontres fécondes Elle nous rappelle que le véritable dialogue entre les cultures ne commence ni par la politique, ni par l’économie, mais ici, dans le cœur vibrant d’une poésie qui refuse de mourir