**MUSTAPHA ABYAD
Le classement sans suite de la plainte visant la députée et présidente de la commune rurale de Tizi Nissli, Mme Meriem Whassae, pour défaut de preuves, devrait être lu comme bien plus qu’un simple épisode judiciaire
Il constitue un signal politique fort, révélateur des dérives qui minent aujourd’hui le fonctionnement de certaines collectivités territoriales et la pratique politique locale. Car au-delà du fond du dossier, c’est l’usage de la justice comme instrument de règlement de comptes politiques qui interpelle
Lorsque des différends internes à une majorité communale, voire à un même parti politique, se transforment en accusations pénales graves — abus d’influence, détournement de fonds publics — sans fondement probant, c’est l’institution judiciaire elle-même qui se retrouve prise en otage de calculs politiciens étroits
Le fait que cette plainte émane d’un responsable communal appartenant à la même formation politique que l’élue mise en cause illustre une crise plus profonde : celle de la gestion du conflit politique
Faute de culture du débat, de mécanismes internes d’arbitrage et de responsabilité politique assumée, certains acteurs préfèrent externaliser leurs querelles vers les prétoires, au risque d’affaiblir durablement la crédibilité des institutions
Certes, la lutte contre la corruption demeure un impératif national et un pilier de l’État de droit. Mais elle ne saurait prospérer sur la base de soupçons non étayés ou d’accusations instrumentalisées
À force de banaliser la plainte pénale, on vide la notion même de reddition des comptes de sa substance, et l’on fragilise la confiance des citoyens dans une justice censée être impartiale, rigoureuse et indépendante
Dans des communes rurales fragiles comme Tizi Nissli, où les enjeux de développement, d’accès aux services publics et de cohésion sociale sont cruciaux, ces conflits politisés ont un coût réel
Ils paralysent l’action publique, nourrissent le désenchantement démocratique et détournent l’attention des urgences locales au profit de batailles d’ego et de positionnement
L’éditorialiste ne peut que s’interroger : à qui profite cette judiciarisation excessive de la vie politique locale ? Certainement pas aux citoyens, encore moins à la démocratie territoriale. Elle profite surtout à une culture politique de la suspicion permanente, où l’accusation remplace le débat, et où le soupçon tient lieu de programme
La décision de classement sans suite rappelle une évidence que certains semblent avoir oubliée : la justice pénale n’est ni une tribune politique, ni un instrument de disqualification morale
Elle est une institution de dernier recours, qui exige des faits, des preuves et une responsabilité assumée. Il est temps que les acteurs politiques, notamment au niveau local, réapprennent à régler leurs différends là où ils doivent l’être : dans les conseils élus, devant les citoyens, et par le débat démocratique. Faute de quoi, la confusion entre combat politique et combat judiciaire continuera d’éroder la confiance publique et de fragiliser l’édifice institutionnel.